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Decembre 2009 - Semaine 1

Le danger du protectionnisme et la manipulation des monnaies

 

Les fideles lecteurs de Forex.fr suivent régulierement l'actualité du Forex et des marchés financiers en général, qui sont tous liés. Nos analyses ont pour but de leur permettre de comprendre les développements sur les marchés et de favoriser leur capacité d'anticipation. Aujourd'hui, nous allons essayer de comprendre les événements de ces derniers mois sur le marché des devises et voir a quel point la direction prise par la plupart des pays de la planete risque de mener a plus ou  moins court terme a une forme cachée de protectionnisme, destructeur et dangereux pour l'économie mondiale.

Depuis maintenant une quinzaine ou une vingtaine d'années, dans pratiquement le monde entier, la tendance avait été a la non-intervention des banques centrales sur le marché des changes, et ce, pour des raisons simples. Tout d'abord, le marché des changes est le marché le plus grand marché de la planete et la possibilité qu'un ou meme plusieurs acteurs de ce marché puisse(nt) influencer a long terme sur le cours des devises est quasi-nulle, et tout le monde s'en rend bien compte. Pour cette raison, au cours du temps, les essais des diverses banques centrales de manipuler les cours par le moyen d'achat ou de ventes de devises ont toujours été des échecs patents. Cette leçon avait fini par porter et le marché fonctionnait sans problemes particuliers, jusqu'a la crise financiere. Par ailleurs, au-dela de l'inutilité de ces interventions, et c'est le plus grave, l'intervention d'un pays en entraîne presque toujours celle d'un autre, puisque tout le monde veut < défendre sa monnaie > ou encore < défendre ses exportations >. Ces interventions, appelées < dévaluation compétitive >, entraînent donc en général un cercle vicieux d'interventions et de contre-interventions qui ont en général pour effet net d'appauvrir tout le monde, en créant de l'inflation ou de la dette, puisqu'il faut bien faire venir le capital de quelque part. C'est en fait une forme cachée de protectionnisme, qui est, comme chacun le sait, tres couteux, inefficace et préjudiciable a l'économie en général et a l'emploi en particulier.

La crise financiere a eu des conséquences sur la totalité des classes d'avoirs financiers, et le marché des devises n'a pas échappé a cette tendance. En particulier, suite a la baisse massive des taux d'intérets sur le dollar a son plus bas niveau historique, 0%, la devise principale dans le commerce mondiale, le dollar américain, l'USD, a rapidement et fortement continué et accentué une tendance de fond de long-terme, c'est-a-dire sa dévaluation. Pire encore, l'USD a remplacé le Yen, le JPY, comme devise principale pour effectuer des carry trades, ces transactions ou l'on finance l'achat d'une monnaie avec un taux d'intéret élevé en vendant une monnaie avec un taux d'intéret faible, comme le dollar aujourd'hui. La faiblesse du dollar risque donc de devenir structurelle et permanente. Or, un dollar faible veut dire que les exportations des pays étrangers vers les Etats-Unis, principal marché de la planete, deviennent plus cheres, ce qui porte atteinte a leurs exportations, et donc a leurs industries tournées vers les marchés extérieurs. Pour nombre de pays vivant des exportations, cette situation peut avoir des aspects franchement dramatiques, avec des fermetures d'usines, des licenciements massifs, etc. Tout cela met donc la pression sur les décideurs dans ces pays, comme la Suisse, Israël, le Vietnam ou de nombreux autres pays asiatiques, qui se voient souvent contraints d'intervenir sur le marché des changes en achetant des USD dans l'espoir d'empecher ou au moins de freiner sa dévaluation. En particulier, la Chine a attaché sa monnaie, le renminbi, au dollar, alors meme que celle-ci est aux dires de tous largement sous-évaluée. L'objectif du gouvernement de Beijing est bien évidemment de favoriser ses exportations, qui sont le moteur de l'économie chinoise. Le probleme est que les partenaires commerciaux de la Chine, au premier rang desquels, les Etats-Unis, l'Europe et les voisins immédiats de la Chine, ne sont pas content et sont aussi poussés a jouer ce méchant jeu de l'intervention sur le marché des changes.

La derniere décision en date est justement le fait du Vietnam, qui a décidé la semaine derniere de dévaluer sa monnaie de 5% pour se protéger de la sous-évaluation du renminbi. La Thailande et les autres pays de la région ont répondu de maniere tres inquiete a cette mesure vietnamienne et seront probablement forcés de répondre. Tout cela n'augure rien de bon et nous sommes peut-etre a la veille d'une guerre des devises, une espece de version moderne de conflit global protectionniste, dont nous risquons tous de souffrir.

Le moment est venu pour tous les acteurs de l'économie mondiale de se ressaisir, de laisser les marchés jouer leur rôle régulateur sans intervenir et de ramener le systeme a l'équilibre, pendant qu'il en est encore temps.

 

Prudence sur le marché des changes apres la BCE

 

L'actualité de la journée était surtout monopolisée par la réunion de la Banque Centrale Européenne. Les analystes n'escomptaient que peu de mouvements des changes aujourd'hui, la BCE devant de toute évidence laisser ses taux inchangés. En fait, l'institution a pris de court le marché.

Dans un premier temps, la monnaie unique européenne a conforté son avance apres la révision a la hausse des prévisions de croissance pour la zone euro pour l'année 2010. Mais, dans un deuxieme temps, l'euro a commencé a se replier apres la décision de Jean Claude Trichet de faire fluctuer le taux d'intéret de la derniere opération de refinancement de la banque centrale qui était précédemment fixé a 1%. Le président de la BCE s'est toutefois efforcé de rassurer les marchés en réaffirmant a la presse que cette décision n'anticipe pas un changement de politique monétaire pour la zone euro.

Les cambistes auront surtout les yeux tournés demain vers les chiffres du chômage américain. Les analystes s'attendent a une baisse accentuée. En effet, contre toute attente, les nouvelles inscriptions au chômage ont chuté de 1,1% pour la semaine close le 28 novembre par rapport a la semaine précédente. Ces bons chiffres laissent escompter une baisse qui pourrait influer sur l'humeur des marchés lors de la séance de demain.

Enfin, en ce qui concerne le marché des changes, Ben Bernanke s'est efforcé aujourd'hui de plaider sa cause aupres du Congres. Depuis plusieurs mois, la banque centrale américaine a été vivement critiquée par la presse et les parlementaires américains. Lors d'un échange assez vif devant le comité bancaire du Sénat, le patron de la Réserve Fédérale a affirmé que l'institution qu'il dirige n'est pas une filiale de Wall Street ou du gouvernement.

Pour conclure, le marché des matieres premieres continue a bien se porter surtout le marché de l'or. En effet, dans la nuit de mercredi a jeudi, l'once d'or a atteint un nouveau record historique sur le London Bullion Market, atteignant 1226,56 dollars l'once. L'or s'est ensuite un peu replié pour évoluer aujourd'hui aux alentours de 1218 dollars l'once. Depuis le mois de janvier, l'once a gagné plus de 20%, le marché de l'or sortant considérablement renforcé de la crise économique et financiere. De son côté, le pétrole repartait a la hausse aujourd'hui apres avoir perdu plus de 2,3% la veille a cause des stocks américains.

 

La situation sur le marché des changes

 

Ben Bernanke ayant clairement exclu hier un changement de calendrier concernant la politique monétaire des Etats-Unis, le marché des changes a donc renoué avec sa tendance de fond : le dollar américain continue de s'inscrire en nette baisse face aux principales devises, notamment la monnaie unique européenne. L'euro n'a pas été pénalisé aujourd'hui par les inquiétudes grandissantes concernant la santé économique du Portugal mais surtout de la Grece qui a été mise sous surveillance par l'agence de notation Standard & Poor's. Les investisseurs surveilleront toutefois avec beaucoup d'attention aujourd'hui la publication de la production industrielle allemande.

Le yen continue également de se renforcer face au billet vert, profitant des répercussions de l'adoption d'un vaste plan de relance par les autorités nippones hier. Ce plan, estimé a plus de 184 milliards d'euros, a pour objectif principal de combattre l'inflation qui menace la santé économique de l'archipel japonais.

Les devises exotiques continuent également leur hausse sur le marché des changes. A remarquer aujourd'hui la bonne performance du shekel qui a ouvert en nette progression, accusant une hausse de 0,3% face au dollar et de 0,12% face a l'euro.

Les devises dites < matieres premieres > ne sont pas en reste également puisqu'elles renouent avec un cycle haussier. Seul bémol, le dollar canadien semble etre arrivé a un seuil au-dela duquel il n'attire plus les cambistes. Depuis plus d'un mois, le dollar canadien évolue entre 1,0450 et 1,0750 cents pour un dollar américain, fourchette étroite dont il ne parvient pas a s'extraire. Les bonnes nouvelles sur le front économique, notamment la progression de l'emploi, n'ont pas suffi a soutenir la devise canadienne ces derniers jours. Les analystes pointent du doigt l'attitude des autorités canadiennes qui menacent d'intervenir afin de freiner l'appréciation de la devise et surtout l'étroite inclusion économique des deux géants nord-américains pour expliquer la stagnation du dollar canadien. L'annonce du taux directeur de la banque du Canada aujourd'hui ne devrait pas changer la donne.

Enfin, la confusion continue de régner en Roumanie apres le résultat contesté des élections présidentielles ce qui se répercute sur le cours de la monnaie roumaine. Le nouveau lei, déja pénalisé par la situation économique dramatique du pays, poursuit sa baisse ces derniers jours, son cours passant en dessous des performances d'autres devises de la région comme le zloty ou encore le florint. Depuis le mois de janvier, la monnaie roumaine a perdu plus de 4,7% face a l'euro.

Pour conclure, le parlement koweitien a approuvé hier le traité sur l'union monétaire du Conseil de coopération du Golfe qui prévoit le lancement d'une monnaie unique dans la région. Ce lancement, initialement prévu pour l'année prochaine, a subi de nombreux retards. Certains observateurs soulignent qu'un tel projet n'a des chances de voir le jour que d'ici a dix ans.

 

La fuite des financiers anglais et la chute de Londres

 

La derniere brillante idée des leaders européens est de taxer les bonus des vilains banquiers et des vilains financiers qui gagnent de l'argent. Ils esperent ainsi remplir les poches de leurs Etats en état de quasi-faillite, < moraliser le capitalisme > et se dédouaner des milliards qu'ils ont injecté dans le systeme bancaire et financier depuis la crise de 2008. En Angleterre, le Ministre des Finances, appelé la-bas le Chancelier de l'Echiquier, Alistair Darling, veut imposer un impôt spécial de 50% sur les bonus des banquiers au-dela du seuil de 25'000 GBP , soit pres de 28'000 EUR.

Selon le < Times > de Londres de ce dimanche, le résultat de cette mesure, ainsi d'ailleurs que d'autres mesures de ce genre, ne s'est pas fait attendre : on assiste a un début de panique au sein du monde financier londonien, accompagné par la fuite des banquiers vers des cieux plus cléments du point de vue fiscal et de la régulation. La nouvelle politique anti-business du Gouvernement de Sa Majesté fait donc le bonheur des paradis fiscaux avoisinants le Royaume-Uni : Jersey, Guernsey, l'Ile de Man ou encore les Iles Vierges britanniques, dans les Caraibes. Ces endroits ont l'avantage d'etre anglophones, stables et avec un systeme juridique qui marche tres bien. 

Le phénomene est tres loin d'etre négligeable : le nombre de directeurs d'entreprises financieres britanniques qui vivent désormais dans l'un de ces paradis fiscaux, ou ils ont délocalisé leur entreprise, est passé en un an d'environ 500 a plus de 6'700, soit un multiple de plus de 13 ! Il va sans dire que toutes ces entreprises ne paient plus que des impôts tres légers : 10% sur les entreprises et encore 20% d'impôt sur le revenu a Jersey, pas d'impôt sur les gains de capitaux, sur les héritages, sur la fortune et presque rien sur les propriétés. Jersey ne s'y est d'ailleurs pas trompé : elle a créé une société, du nom de < Jersey Finance >, dont l'objectif est de faire de la publicité pour l'île et d'attirer les professionnels du monde de la finance, sur le theme de la faible imposition.

Dans ces conditions, on comprend aisément qu'en comparant ce régime fiscal avec l'accroissement massif du poids fiscal anglais et d'autres pays européens, les banquiers et autres financiers européens n'aient pas envie d'etre les vaches a traire des budgets nationaux, endettés jusqu'au cou. Le probleme pour les grands pays de la finance, au premier rang desquels le Royaume Uni, est qu'un approfondissement de ce phénomene, qui risque de pousser également a la création de nouveaux paradis fiscaux, limitera encore les rentrées fiscales en faisant fuir vers l'étranger les sociétés financieres, a forte valeur ajoutée. Cela engendrera une grave perte de rentrées fiscales et risque de porter préjudice a long terme a la santé de l'économie nationale et au développement de ce secteur vital. Encore une preuve que des impôts exagérément élevés ne rapportent pas plus d'argent aux Etats et portent atteinte a leur compétitivité.

Par ailleurs, ce phénomene de délocalisation financiere ne se limite pas aux paradis fiscaux : la Russie, la Suisse, les Etats-Unis et d'autres pays encore font tout ce qu'ils peuvent pour attirer les banquiers londoniens, mettant en péril un modele vieux de plus d'un siecle et qui est basé sur une fiscalité et un cadre régulateur raisonnable, stable et léger.

 


 
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