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Février 2009 - Semaine 1

Rumeurs de baisse des taux de la BCE

 

L'actualité est toujours aussi dense ces derniers temps du côté des cénacles financiers. Alors que le Forum de Davos a conclu hier ses débats sur la nécessité de réagir avec vigueur à la crise actuelle, les regards se tournent désormais vers le prochaine réunion du G20 à Londres où des décisions devraient être prises. Les pays membres de la zone euro pourraient notamment composer une sorte de « menu à options », sur le modèle de ce qui a été fait pour le sauvetage des banques en octobre dernier. En attendant de telles décisions, les acteurs du marché des changes commencent sérieusement à polémiquer sur une prochaine baisse des taux de la Banque Centrale Européenne. Certaines rumeurs qui ont court sur le marché des devises laissent entendre que Francfort pourrait éventuellement baisser ses taux dès cette semaine au lieu d'attendre la réunion du mois de mars.


La Banque d'Angleterre pourrait également agir de même, en baissant son principal taux directeur de 50 à 100 points de base alors que le Royaume-Uni est confronté à son premier vaste mouvement social depuis le début de la crise.

De telles spéculations ont évidemment fait baisser la livre sterling et la monnaie unique européenne sur le marché des changes au profit du yen et du dollar. En dépit des très mauvaises nouvelles de la semaine dernière, la devise nippone profite toujours amplement de son statut de valeur refuge et progressait même ce matin face au dollar sur le marché des changes.

 

Le pouls du marché des changes

 

Tel un soufflé, les rumeurs concernant une éventuelle baisse des taux dès jeudi de la Banque Centrale Européenne se sont estompées en l'espace de quelques jours. En effet, ce mois-ci, Francfort devrait plutôt privilégier le statut quo avant d'envisager, comme l'avait laissé entendre mi-janvier Jean Claude Trichet, une baisse des taux pour faire face à la récession qui touche de nombreux pays de la zone euro. Bien que certains analystes estiment que la BCE pourrait porter son principal taux directeur à 1,5%, la plupart d'entre eux parie sur 2%, ce qui constituerait déjà un seuil historique.


Outre l'attente d'une baisse du loyer de l'argent dans la zone euro, les acteurs du marché des changes attendent également du mouvement du côté de Washington, alors que Barack Obama vient juste de choisir son nouveau secrétaire au commerce. Le plan de relance qui devrait être adopté par le Sénat dans les prochains jours pourraient mettre un terme, au moins momentané, à l'aversion pour le risque qui a connu un certain regain depuis lundi, favorisant évidemment la devise américaine. Cependant, le plan en question soulève également de nombreuses interrogations et pourrait avoir des implications importantes à terme sur le cours du dollar, comme nous allons vous l'expliquer dans l'éditorial qui sera publié demain. Enfin, les investisseurs du marché des changes escomptent également que la Maison Blanche annonce de nouvelles mesures pour aider le secteur bancaire qui est toujours dans une situation précaire.

Du côté du rouble, devise que nous suivons attentivement depuis quelques semaines, sa chute semble désormais inexorable. La devise russe se rapproche chaque jour un peu plus du plancher fixé il y a dix jours par la banque centrale.

 

Faut-il redouter un krach du dollar ?

 

A peine élu, Barack Obama va emprunter la bagatelle de 825 milliards de dollars pour panser les plaies de l'économie américaine ce qui va porter la dette publique américaine à 70%, soit un record, et le déficit budgétaire à 8%. Une telle explosion des dépenses publiques, même si elle s'avère certainement inévitable en cette période de crise aigüe, éveille les inquiétudes de nombreux acteurs du marché des changes.


Certes, aucun ne voit en l'euro une façon d'échapper à la crise. Nul n'est dupe sur les perspectives économiques de la zone euro et sur le sort, apparemment inévitable, de la monnaie unique européenne sur le marché des changes. Cependant, étant donné qu'à part le yen, nul autre devise ne semble en mesure d'avoir les faveurs des investisseurs, ces derniers commencent quand même à s'interroger sur la pérennité de leur placement. Il suffit d'ailleurs de sillonner certains forums dédiés au marché des changes pour constater que les inquiétudes liées à un krach du dollar sont vivaces.

Toutefois, une telle crainte semble injustifiée. Certes, la dette privée, tant des entreprises que des particuliers, est énorme mais, pour le moment, les Etats-Unis ont encore largement les moyens pour emprunter de l'argent. En effet, il suffit aux américains qu'ils se tournent vers les chinois. Ce n'est pas, bien sûr, par charité que la Chine accepte si volontiers, tout comme le Japon, d'acheter les bons émis par le Trésor américain. En fait, la Chine est coincée car, d'une part, elle ne peut pas permettre une dévaluation du dollar suite à un effondrement de l'économie américaine, sous peine de voir sont trésor de guerre fondre comme neige au soleil et, d'autre part, elle exporte 25% de son PIB vers les Etats-Unis. Un effondrement de l'économie outre atlantique hypothèquerait lourdement la croissance en Chine qui est déjà en perte de vitesse à cause de la récession mondiale et accroîtrait les tensions sociales.

Toutefois, même si l'optimisme est de rigueur, la Chine ne pourra pas indéfiniment prêter aux Etats-Unis, notamment en raison du financement de son propre plan de relance qui s'élève à près de 455 milliards d'euros. Si les Etats-Unis ne trouvent personne d'autres pour financer leur déficit, un assèchement du crédit et une hausse des taux d'intérêt, qui serait évidemment préjudiciable pour les entreprises, pourraient se profiler à l'horizon. Dans ce cas-ci, le Trésor serait contraint de recourir à la bonne vieille méthode de la planche à billet afin d'effacer les dettes. Cependant, le revers de la médaille serait une inflation galopante faisant brutalement sombrer le dollar sur le marché des changes. Soyons sûr que le nouveau secrétaire au Trésor, Tim Geithner, fera tout pour éviter un tel scénario, lui qui a déjà réaffirmer son soutien à la politique du dollar fort.

 

Les atermoiements de la BCE

 

Après la Nouvelle Zélande la semaine dernière, l'Australie et la Norvège cette semaine, ce sera au tour de la Banque Centrale Européenne et de la Banque d'Angleterre de se prononcer jeudi sur une éventuelle baisse du loyer de l'argent. D'hors et déjà, il semble improbable que la BCE suive la voie ouverte par l'Australie cette semaine en baissant son taux à 3,25%, soit son plus bas niveau depuis quarante cinq ans. En effet, Francfort semble fermement décidé à opter ce mois ci pour le statu quo, laissant entendre que la réunion du mois de mars sera, à ,l'inverse cruciale. En dépit d'une révision à la baisse de l'indice PMI, qui a poussé l'euro à la baisse ce matin, la banque centrale européenne ne devrait pas changer de stratégie. Bien que cette réunion soit moins cruciale que celle du mois prochain, les cambistes s'attendent à ce que Jean Claude Trichet dévoile sa stratégie monétaire pour les mois à venir et, surtout, se prononce sur une éventuelle stratégie de taux zéro, comme c'est le cas au Japon et aux Etats-Unis, sachant que la Banque d'Angleterre semble disposée à prendre cette voie également.


Cependant, le statu quo de la BCE, même s'il est largement attendu, devrait susciter l'incompréhension des acteurs du marché des changes qui ne comprennent pas le décalage entre la BCE et les autres banques centrales, décalage qui paraît interminable aux marchés. L'interview donnée par le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, à l'hebdomadaire allemand Die Zeit devrait tomber à pic car il sera publié demain. Dans cette interview, le président de la Commission s'évertue une nouvelle fois à rassurer les investisseurs sur la solidité de l'euro et la cohésion de la zone euro alors que des rumeurs circulent depuis quelques mois au sujet d'un éclatement de l'euroland. Soulignant l'exemple de l'Islande, dont la devise a dégringolé en l'espace de quelques mois, il a mis en avant le fait que l'euro constitue un remarquable « bouclier de protection » pour les pays qui l'ont adopté
.

 

Les explications de Jean Claude Trichet

 

Alors que la Banque d'Angleterre vient tout juste d'annoncer la baisse de son principal taux d'intérêt à 1% et que la banque centrale tchèque a agi aujourd'hui de manière similaire en annonçant avoir détendu ses taux à 1,75%, la prestation de Jean Claude Trichet, devant la presse à l'issue du Conseil, devrait s'annoncer difficile.


En effet, l'attente de la Banque Centrale Européenne est totalement incompréhensible aux yeux des investisseurs. Cependant, ces derniers ont capitulé et, comme le prouve le panel de l'agence Reuters, seuls trois économistes sur 85 prédisent encore l'annonce d'une baisse des taux de la BCE aujourd'hui. Il faut dire que son président a clairement fermé la porte à une telle éventualité mi janvier en prédisant « un rendez-vous important » en mars, lorsque seront dévoilées les nouvelles prévisions statistiques de la BCE.

Jean Claude Trichet est attendu au tournant par les investisseurs mais également les responsables politiques de la zone euro. Lors de son intervention de cet après-midi, il devrait d'abord se prononcer sur les baisses de taux à venir, sachant qu'il a indiqué récemment que le seuil de 2% n'était pas butoir. Toutefois, il est probable que l'hypothèse des taux zéro, qui sont pratiqués par la Fed et la Banque du Japon, soit exclue d'avance étant donné que Jean Claude Trichet avait rappelé récemment les dangers inhérents à des taux proches de zéro.

D'autre part, il devra également clarifier les intentions du conseil des gouverneurs au sujet d'un éventuel recours à des méthodes non conventionnelles pour relancer l'économie dans la zone euro.

Sa prestation devrait avoir un fort impact sur le taux de change de l'euro alors que la devise s'affiche en très petite hausse face au dollar avant la décision de la Banque Centrale Européenne.


 
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