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Mars 2009 - Semaine 2

Fed: agir « aussi longtemps que nécessaire »

 

Le discours des responsables de la Réserve Fédérale est scruté de très prêt par les analystes du marché des changes. La moindre virgule, la moindre expression est analysée afin d'essayer de deviner les prochains mouvements de la banque centrale américaine.


Lors d'une allocution ce week-end à Dillon en Caroline du Sud, afin d'inaugurer un échangeur autoroutier à son nom, Ben Bernanke ne s'est pas étendu outre mesure sur la situation économique des Etats-Unis, préférant faire état de ses souvenirs d'enfance dans cette ville qui l'a vu grandir.

Toutefois, le communiqué distribué à la presse a attiré l'attention des acteurs du marché des changes. Certes, comme à son habitude, Ben Bernanke a rappelé à l'envie que la Fed utiliserait « tous les moyens à sa disposition » pour permettre un retour à des basses économiques saines pour les Etats-Unis. En cela, le discours n'a pas changé d'une virgule près aux précédentes communications du président de la banque centrale américaine. Cependant, il a également ajouté que la Réserve Fédérale est prête à agir « aussi longtemps que nécessaire » ce qui fut mal interprété par les acteurs du marché des changes laissant redouter que la crise économique ne se prolonge au-delà de l'année 2009. L'hypothèse longtemps avancée selon laquelle l'économie américaine devrait reprendre vers la fin de l'année en cours ne convainc plus depuis quelques semaines que quelques rares optimistes. Cependant, ce changement de ton souligne que la Fed prépare l'opinion publique et les investisseurs à une crise plus longue que prévu. De toute façon, l'économie américaine ne fait plus illusion depuis longtemps, les derniers chiffres du chômage publiés vendredi dernier en témoignent d'ailleurs.

 

La bulle des devises émergentes s'effondre

 

Avec la crise actuelle, l'Europe, spécialement la zone euro, a du pain sur la planche. Bien que la situation ne soit pas catastrophique, loin de là, il suffit de regarder les récents chiffres publiés par la France pour s'inquiéter pour les trimestres à venir. Le premier ministre français François Fillon a dévoilé les chiffres en début de semaine dernière : d'après les dernières statistiques, la France devrait connaître un taux de croissance situé entre -1 et -1,5% au cours de l'année 2009 et le déficit public devrait approcher les 5% du PIB, bien au delà des critères de Maastricht. Toutefois, la France, au moins au niveau de la dette, s'en sort toujours mieux que les Etats-Unis.


Cependant, dans ce contexte de crise où le « chacun pour soi » joue toujours un peu, comme l'a montré la réticence des dirigeants de la zone euro à mettre en place un vaste plan d'aide européen en direction des Peco, certains oublient un peu vite qui sont en première ligne dans cette crise.

En effet, si les perspectives économiques outre atlantique, dans la zone euro ou encore au Japon sont maussades et déprimantes, elles sont encore pire dans les pays émergents. Dans cette crise, une nouvelle fois, ce sont les marchés émergents qui sont en première ligne. Evidemment, il s'agit des pays d'Europe Centrale et Orientale qui ont fait la Une de l'actualité en raison de l'avertissement émis en février par l'agence de notation Moody's.

Seulement, ils ne sont pas les seuls à souffrir de l'actuelle crise économique qui se traduit notamment par une véritable dégringolade des devises. La Russie est également en première ligne, directement touchée par la baisse du cours des matières premières. Ceux qui pronostiquaient il y a encore quelques mois un découplage entre les pays occidentaux et l'Asie en ont pour leur frais puisque les pays asiatiques sont les plus durement touchés par la crise. A chaque regain d'aversion pour le risque, leurs actifs chutent. Les bourses de la région plongent, certains redoutant qu'elles renouent avec des niveaux de valorisation proches des précédentes crises, et les investisseurs s'inquiètent de plus en plus de la capacité des Etats à faire face à leur dette.

Sur le marché des dérivés de crédit, le coût de la protection contre le risquer de défaut de paiement des pays émergents est en chute libre depuis des semaines.

Ces inquiétudes se répercutent directement sur les devises de la région. Ainsi, que ce soient le won coréen, le roupie indienne ou encore toute autre devise de la zone Asie, toutes sont en pleine dégringolade face au dollar sur le marché des changes. Il suffit de regarder les chiffres : d'après les dernières statistiques, depuis le début de l'année, le won a perdu près de 20%, le dollar de Singapour 8% et le baht thaïlandais environ 4%. D'après les analystes du marché des devises, cette chute n'est pas prête de s'arrêter et la plupart pronostiquent que l'ensemble des devises des pays émergents pourrait encore baisser de 20% sur le marché. La bulle se dégonfle.

 

Yen : la fin d'une époque

 

C'est en effet la fin d'une époque pour les acteurs du marché des changes. Le yen qui, jusqu'à maintenant, entretenait une forte corrélation inverse avec les indices boursiers, s'enfonce dans les abîmes.


Alors qu'il fallait il y a encore trois mois 87 yens pour un dollar, le yen ne s'échangeait hier plus qu'à 99,20. Ainsi, progressivement, la devise nippone se rapproche dangereusement de la barre des 100, ne laissant plus beaucoup d'espoirs à ceux qui pouvaient encore croire que le yen pouvait capitaliser en cette période de crise sur son statut de valeur refuge.

Si le monde industrialisé est incontestablement en récession, le Japon est en revanche en pleine dépression. Les chiffres parlent d'eux mêmes. Les exportations ont fondu de 46,3% en janvier, remettant ainsi complètement en question le modèle économique sur lequel s'est fondé le pays du Soleil Levant. Le résultat direct d'une telle baisse est un recul de deux chiffres du PIB au dernier trimestre de l'an dernier, soit la plus forte contraction enregistrée depuis le choc pétrolier de 1973/74.

La défiance s'est désormais emparé des investisseurs qui fuient le yen mais aussi la Bourse. Hier, l'indice Nikkei a chuté à son plus bas niveau depuis près de 26 ans, laissant ainsi peu de place à l'optimisme pour les années à venir.

Si l'archipel est en pleine crise, la zone euro semble au moins être enfin parvenue à jouer sur la communication afin de rassurer les investisseurs. Grâce aux effets d'annonce de ce début de semaine, la monnaie unique européenne a enregistré un renforcement face au dollar dans les échanges européens, passant au dessus de la barre de 1,27 dollar.

En revanche, les devise émergentes font toujours autant les frais de la crise et de l'aversion pour le risque qui domine sur le marché des changes. Hier, la livre turque a ainsi pulvérisé un nouveau record de faiblesse face à la devise américaine sur le marché des changes. Afin de soutenir la livre, la banque centrale turque a décidé de lancer dès aujourd'hui des appels d'offres quotidiens pour la vente de dollars ce qui devrait renforcer les liquidités sur le marché turc.

 

Le marché des changes se voile la face

 

La journée de mercredi fut intéressante à maints égards sur le marché des changes puisqu'il semblerait que les opérateurs aient fait fi des indicateurs publiés. En effet, le marché des devises à chercher à se rassurer aujourd'hui, quitte à se voiler la face au passage.


L'annonce d'une chute des exportations chinoises en février dernier n'a pas eu l'effet escompté alors que cet indicateur met un terme définitif, si cela était encore nécessaire, à la théorie du découplage entre les pays occidentaux et l'Asie, cette dernière soutenant la croissance mondiale.

Maintenant que l'impact de la crise économique frappe durement la Chine et que les responsables chinois se tournent désormais vers le marché intérieur, nul doute que la crise devrait encore s'intensifier.

Pour autant, les acteurs du marché des changes n'ont pas voulu céder à la panique aujourd'hui, continuant sur la même lancée qu'hier, ce qui a permis à la monnaie unique européenne de s'afficher en hausse face au dollar.

Le léger regain de confiance des investisseurs dans la monnaie unique fut porté par une étude américaine soulignant que les demandes de prêts hypothécaires outre atlantique ont fortement augmenté au cours de la semaine s'achevant le 6 mars. Cette augmentation fut notamment permise par un fort mouvement de baisse des taux.

Enfin, l'euro a également profité, mais dans une moindre mesure, de l'optimisme du président Barack Obama quant à l'issue de la réunion du G20, qui constitue une étape cruciale aux yeux de nombreux observateurs. Bien que rien d'extraordinaire ne devrait sortir de ce sommet, son impact symbolique et un éventuel front commun entre les Etats-Unis et l'Europe pourrait avoir un effet positif sur le climat des affaires et encourager les investisseurs à se porter sur des devises jugées plus risquées en cette période de crise.

 

Alan Greenspan défend son bilan

 

Accusé par de nombreux médias et également par les économistes d'avoir permis la crise actuelle, par sa politique de taux historiquement bas lorsqu'il était à la tête de la Réserve Fédérale américaine, Alan Greenspan, qui cherche désespérément à laisser une autre image de lui à la postérité, s'est évertué, hier encore, à montrer que la crise économique et financière qui frappe le monde en ce moment est totalement déconnectée des taux directeurs. Il a notamment souligné, à juste titre, qu'elle fut provoquée par le bas niveau des taux des crédits immobiliers. Pour autant, chacun peut certes se faire sa propre opinion, cela ne dédouane pas l'ancien président de la Fed.

Peu importe en fait puisqu'à ce stade, chacun a les yeux braqués sur les moyens à mettre en oeuvre pour sortir de la crise. Alors que les Etats-Unis poussent les européens à adopter de nouveaux plans de relance, ce qui répondrait à une demande des marchés, les Européens, par la voie du président de l'Eurogroupe, Jean Claude Juncker, ont de nouveau souligné à Prague aujourd'hui que nouveaux plans de relance ne semblent pas être nécessaire pour le moment. Alors que le débat sur les plans de relance bat son plein entre les Occidentaux, il semblerait que l'effet Obama commence à se tenir. En effet, d'après une enquête du Wall Street Journal menée auprès de 49 économistes, une majorité d'entre eux reste très circonspect au sujet du plan de relance américain.

Pour autant, cela n'a en rien influé sur le statut de valeur refuge de la devise américaine aujourd'hui puisqu'elle a encore engrangé des gains face à l'euro, en dépit d'une baisse des ventes de détails en février dernier.

A l'inverse, la monnaie unique européenne a subi de plein fouet une avalanche de mauvais indicateurs qui l'a laissé un peu engourdie sur le marché des changes. En effet, la production allemande a reculé de 7,5% en janvier dernier tandis que les prix à la production industrielle se sont affichés en baisse pour le sixième mois consécutif dans la zone euro.

La monnaie unique européenne a seulement tiré son épingle du jeu aujourd'hui face au franc suisse qui a subi les contre coups de l'assouplissement monétaire décidé par la Banque Nationale Suisse.

 

Décrochage spectaculaire du franc suisse

 

Hier, la Banque Nationale Suisse n'a clairement pas fait dans la dentelle. En effet, après avoir procédé à un assouplissement monétaire d'un demi-point, faisant ainsi évoluer son principal taux directeur dans une fourchette comprise entre 0 et 0,75%, la banque centrale suisse est entrée par surprise sur le marché pour vendre du franc suisse. Cette opération musclée, qui est la première à être menée par la banque centrale en solo depuis 1992, avait pour but d'accentuer la baisse du franc suisse afin de préserver les exportations de la confédération. Sans l'ombre d'un doute, le résultat fut plutôt spectaculaire puisque, grâce à cette intervention inopinée, le franc suisse a perdu 3,5% de sa valeur au cours de la seule séance d'hier, dévissant à 1,1970 pour un dollar et à 1,5305 pour un euro.


En ce vendredi 13, le franc suisse s'affiche toujours comateux sur le marché des changes, encore sous le choc de l'intervention de la Banque Nationale Suisse.

La décision de la banque centrale suisse a en tout cas au moins profité à la monnaie unique européenne et au dollar mais également, par réverbération à la devise hongroise qui se raffermissait en début d'échanges européens aujourd'hui.

En prévision de la réunion du G20 des ministres des Finances qui doit avoir lieu ce week-end, les opérateurs du marché des changes se sont souvent abstenus de prendre position. En effet, peu d'espoirs sont soulevées par cette réunion qui doit préparer et surtout tenter d'aplanir les différents existants entre les Etats-Unis et l'Europe en prévision du sommet du 2 avril prochain à Londres.

Alors que les pays de la zone euro refusent pour l'instant de lancer de nouveaux plans de relance, en dépit de l'insistance de leur partenaire américain, le Japon et la Chine ont fait savoir aujourd'hui que de nouveaux plans de relance pourrait être mis en place prochainement dans leur pays, ce qui permet de renvoyer un message plutôt positif aux investisseurs.

 

Une page se tourne sur le marché des changes

 

Avec la crise économique mondiale, les veilles recettes qui avaient fait leurs preuves pendant des années sont à remiser au placard. En effet, alors que les précédentes crises avaient généralement consacré le yen et le franc suisse, ces deux devises ont considérablement dévissées depuis quelques mois sur le marché des changes. Pour le franc suisse, son statut de valeur refuge était déjà mis à mal avant le commencement de la crise. Cependant, avec une nouvelle baisse des taux d’un demi –point et une intervention inopiné de la Banque Nationale Suisse sur le marché afin de sauver les exportations de la confédération helvétique, le franc suisse en a pris un sacré coup, restant encore hébété vendredi face au dollar et à l’euro.

Pour le yen, il n’y a pas d’équivoque, c’est une page qui se tourne. Non seulement la devise nippone n’est plus capable de rassurer les investisseurs, notamment du fait de la situation catastrophique de l’économie japonaise qui est en proie à une chute historique des exportations, mais en plus elle est clairement concurrencée par le dollar en tant que valeur refuge. Bien que les Etats Unis ne soient pas dans une meilleure situation économique, exception faite d’une stabilisation de la consommation, le dollar continue d’attirer les investisseurs. Plusieurs explications peuvent être avancées, aussi bien le potentiel incroyable du marché intérieur américain que le statut de première puissance économique et surtout militaire au niveau mondial. En effet, même pour les iraniens, qui ne font pourtant pas mystère de leur antipathie vis-à-vis des Etats-Unis, ces derniers incarnent un facteur de stabilité, notamment dans la région du Moyen Orient, là même où se trouvent d’importantes réserves d’hydrocarbures.

Ainsi, bien que les perspectives de reprise s’éloignent puisque même Ben Bernanke évoque désormais l’année 2010, les Etats-Unis tiennent encore toutes les cartes dans leur main. Comme quoi, même si une page se tourne, tout n’est pas entièrement remis à plat. La réunion des ministres des Finances du G20 ce week-end devrait montrer à quel point les Etats-Unis et la nouvelle administration américaine sont en mesure de donner le « la » à leurs partenaires. Depuis plusieurs semaines, tous les médias font largement écho d’un désaccord entre les deux bords de l’Atlantique concernant les priorités à mettre en œuvre.
 
Du côté de Washington, la priorité est à de nouveaux plans de relance, ce qu’a d’ailleurs soutenu le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick. Pékin et Tokyo ont répondu à une telle demande plutôt favorablement, laissant entendre que de nouveaux plans pourraient être mis en œuvre. A l’inverse, du côté des capitales de la zone euro, la priorité est tout autre. Par la voix du président de l’Eurogroupe, le luxembourgeois Jean Claude Juncker, les pays de la zone euro se sont refusés jusqu’à maintenant à envisager une telle possibilité.

Un front désuni entre les Etats-Unis et l’Europe au G20 du 2 avril serait dommageable, notamment pour les investisseurs qui, entre temps, sont plutôt dans l’expectative.


 
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