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Novembre 2009 - Semaine 4

La riposte des pays émergents contre le dollar

 

Apres les déclarations a l'emporte piece contre le dollar - une fois il s'agit d'un appel a une diversification des monnaies de réserve internationale, une autre fois il s'agit de l'abandon du dollar pour fixer le prix du baril de pétrole - les pays émergents sont passés a la riposte. Toutefois, la riposte dont il s'agit laisse sceptique les experts.

Celle-ci a été enclenchée il y a pres d'un mois par le Brésil. Afin de limiter l'appréciation du real face au billet vert, la devise brésilienne ayant gagné plus de 41,5% face au dollar depuis le mois de mars, le gouvernement Lula a décidé d'imposer une taxe de 2% sur les entrées de capitaux étrangers.

La décision du Brésil a, apparemment, fait des émules puisque la Corée du Sud et la Russie, deux pays dont les économies sont tournées vers l'extérieur, ont annoncé envisager la mise en place de mesures similaires. La banque centrale sud-coréenne a ainsi annoncé un renforcement du contrôle des capitaux qui devrait passer, entre autres, par l'obligation faite aux banques d'investir au moins 2% de leurs avoirs étrangers dans des actifs financiers notés A par les agences de notation. En Russie, un scénario similaire se dessine puisque, la semaine derniere, le patron de la banque centrale, Serguei Ignatiev fait part de son intention de mettre en place des mesures légeres pour mieux contrôler les flux de capitaux.

Un mois apres la décision du Brésil, qu'en est-il de l'impact de cette nouvelle taxe? Le real brésilien a continué de s'apprécier mais, comme pourraient le faire remarquer des partisans de la taxe, celle-ci n'est pas efficace immédiatement. Toutefois, la taxe semble insuffisante puisque les investisseurs ont trouvé de nouveaux moyens pour la contourner, en ayant recours aux ADR (American Depositary Receipt). Par conséquent, le Brésil a annoncé la semaine derniere la mise en place d'une seconde taxe sur ces certificats boursiers, qui devrait renforcer l'arsenal du gouvernement pour mieux réguler les flux de capitaux étrangers.

L'expérience brésilienne montre incontestablement les limites de l'imposition d'une taxe pour limiter l'appréciation d'une devise. Les experts font remarquer que seul un changement de la politique monétaire américaine pourrait inverser la tendance actuelle. Cependant, comme l'a fait remarquer l'OCDE, aucun changement en la matiere n'est attendu avant au moins la fin de l'année 2010, voire le début de l'année 2011.

 

Fed : craintes de taux constants jusqu'en 2012

 

Les propos tenus par James Bullard, l'un des principaux dirigeants de la Fed, continuent de peser sur le taux de change du dollar. Rappelons que ce dernier a en effet laissé entendre que la banque centrale américaine pourrait garder ses taux inchangés jusqu'en 2012, ce qui devrait vraisemblablement concourir a affaiblir encore plus le dollar, utilisé pour financer les stratégies de carry trade. Face a l'incertitude entourant la politique monétaire de la Fed, les investisseurs esperent y voir plus clair des demain avec la publication des minutes de la derniere réunion de la banque centrale américaine.

Entre temps, cette incertitude a pesé aujourd'hui sur le taux de change du dollar. L'euro a notamment bien commencé la semaine grâce a la publication de bons indicateurs macroéconomiques qui lui ont permis de s'échanger a plus de 1,49 dollar en fin de séance européenne.

Le bon des reventes de logements aux Etats-Unis ainsi que la publication d'indicateurs européens ont redonné confiance aux cambistes. Les reventes de logements ont ainsi atteint leur plus haut niveau depuis février 2007 tandis que l'indice PMI est remonté a 53,7 points, soit son plus haut niveau depuis pres de deux ans.

Les investisseurs guetteront toutefois avec beaucoup d'attention cette semaine la deuxieme estimation du PIB au troisieme trimestre outre-Atlantique qui pourrait soutenir les marchés, notamment certaines valeurs comme l'euro ou l'or.

 

La situation sur le front EUR/USD

 

La paire EUR/USD a passé une nouvelle fois le seuil psychologique de 1.50. Le moment est donc venu de prendre un peu de recul et d'analyser cette paire un peu plus en détails.

Mardi, le trading sur la paire a montré deux côtés. En Asie et au début du trading en Europe, la monnaie unique européenne était sous pression, alors que les marchés asiatiques étaient a la baisse. L'EUR/USD a touché un niveau le plus bas de 1.4890, avant de trouver un palier. Les pertes sur le marché européen ont été limitées, et de bons chiffres économique sont soutenu le sentiment du risque et donc l'EUR/USD.

 

Apres la fermeture des marchés européens et une ouverture négative en Amérique, les marchés ont observé le résultat des protocoles de la Fed et de la vente aux encheres des obligations du Trésor américain a maturité de 5 ans. Cette vente a été tres réussie et a repoussé les marchés a la hausse, meme s'ils ont fini en légere baisse. L'EUR/USD n'a pas réagi de maniere significative.

Les protocoles de la Fed ont montré que ses membres sont un peu plus optimistes sur la croissance de l'année prochaine et qu'ils ont mentionné les effets secondaires de taux extremement bas a long terme, comme la création d'une bulle financiere. La Fed ne semble pas inquiete d'une reprise de l'inflation a court terme. Les protocoles ont aussi mentionné le dollar faible, qui pourrait etre un probleme si cela poussait a l'inflation, ce qui ne semble donc pas concerner la Fed outre mesure en ce moment. En réalité, il ne semble pas du tout que la Fed ou le gouvernement américain désirent renforcer le dollar.

Dans ce contexte, la paire EUR/USD a poursuivi sa hausse hier soir pour clôturer a 1.4968 avant de poursuivre sa hausse ce matin pour atteindre le niveau de 1.5028 dans les échanges, avant de reculer tres légerement a 1.5021.

On attend aujourd'hui de nombreuses nouvelles économiques importantes, surtout aux Etats-Unis. Celles-ci affecteront surtout la paire au travers du comportement du marché des actions. Ceci dit, alors que la BCE se prépare a battre en retraite de ses mesures exceptionnelles, la Fed n'envisage pas encore sa stratégie de sortie, et on devrait donc voir la poursuite de la dépréciation du dollar, peut-etre meme si le rallye sur les marchés actions perd de sa force. En tout état de cause, le niveau le plus haut de l'année, a 1.5064, est maintenant a portée de main.

Le contexte global de la paire nous fait redire ce que nous avons eu l'occasion de dire a de nombreuses reprises déja: la paire EUR/USD se comporte sur le modele de l'appétit du risque sur les marchés actions. De plus, l'USD est devenu la monnaie de choix pour les carry trade, ce qui devrait mettre une pression consistante sur l'USD et le garder dans un état de faiblesse chronique. A plus long terme, cependant, différentes raisons poussent a penser que l'appétit du risque ne pourra continuer a jouer tout seul le rôle qu'il a joué ces derniers mois sur le marché des devises en général et sur la paire EUR/USD en particulier. Le point de décorrélation n'est pas atteint, toutefois, et pour l'instant, il faut continuer a surveiller attentivement le marché des actions pour comprendre le comportement du marché des devises. A court terme, c'est donc vers une poursuite de la hausse de l'EUR/USD que l'on se dirige.

Du point de vue technique également, la tendance est claire et pointe vers la poursuite de la hausse, meme si on ne peut exclure un arret temporaire de la hausse jusqu'a la fin de l'année.

On a un support a 1.4956/38, un autre a 1.4897/90, un a 1.4870, un a 1.4833, un a 1.4800 et enfin un dernier a 1.4737. Au-dessous de cette séquence, on reprendrait une tendance de court-terme a la baisse.

Les résistances sont situées a 1.5008, a 1.5017/31, a 1.5049/64 et a 1.5164.

Les indicateurs montrent que la paire est légerement sur-achetée.

 

Optimisme autour du dollar australien

 

Le dollar américain opere un repli généralisé sur le marché des changes apres la révision a la baisse du PIB américain au troisieme trimestre, qui est passé de 3,5% a 2,8% et apres la publication des minutes de la derniere réunion de la Fed. Dans ce communiqué, les membres de la Fed ont évoqué un repli en ordre du billet vert ce qui a été interprété par le marché comme un blanc-seing donné par les autorités américaines a la glissade de leur devise.

Pour autant, les inquiétudes autour du billet vert n'ont pas entamé l'optimisme sur les marchés financiers. En effet, les places boursieres européennes et asiatiques operent un rebond, soutenu par les niveaux records de l'once d'or.

Sur le marché des changes, les investisseurs avaient aujourd'hui les yeux tournés vers le franc suisse et le dollar australien. Apres la glissade du dollar face a la monnaie hélvétique, les investisseurs s'attendent a une intervention de la Banque Nationale Suisse afin de rémédier a l'appréciation du franc suisse. Du côté du dollar australien, les spéculations vont bon train au sujet d'une nouvelle hausse des taux de la banque centrale la semaine prochaine, hausse estimée a 25 points de base. Ces spéculations ont pesé sur le dollar américain en Asie. Ce dernier est ainsi passé sous 88,01 yens aujourd'hui, soit son plus bas niveau depuis dix mois. La livre sterling s'est également orientée a la baisse aujourd'hui suite aux propos du gouverneur de la Banque d'Angleterre. Mervyn King a en effet déclaré que la banque centrale devrait prochainement resserrer sa politique monétaire, tout en n'excluant pas de nouveaux achats d'actifs afin de soutenir la reprise de l'économie britannique. Celle-ci est en effet toujours moribonde puisque le Royaume-Uni a connu une contraction de 0,3% de son PIB au troisieme trimestre.

Enfin, l'or évolue toujours a de plus hauts niveaux, poussé par la faiblesse du billet vert. Depuis pres d'un mois et demi, l'or évolue nettement au dessus de 1000 dollars l'once, une augmentation fulgurante qui ne doit toutefois pas etre assimilée a une bulle. En effet, en prenant en compte l'inflation, les niveaux actuellement atteints par l'or sont encore loin de ceux du début des années 80. Pour qu'il y ait réellement bulle, il faudrait que l'once d'or atteigne 2200 dollars. Par conséquent, les risques de reflux dans l'immédiat de l'once d'or sont tres limités et de bonnes opportunités d'investissement existent sur le métal jaune.

 

La dette de Dubai jette un froid sur la reprise

 

La monnaie unique européenne ainsi que la plupart des devises jugées a risque continuaient de perdre du terrain aujourd'hui, poussées par la chute des marchés actions en raison des craintes croissantes concernant la capacité de l'émirat de Dubai a honorer sa dette.

Les marchés financiers devraient mettre plusieurs jours a se remettre de cette annonce qui porte un coup rude a la reprise de l'activité économique mondiale. Les investisseurs se sont massivement repliés sur les valeurs refuge, en premier lieu le yen et le dollar.

Les analystes du marché des changes s'attendent a ce que l'annonce par Dubai World, le fond d'investissement de l'émirat, d'un moratoire de six mois oncernant le remboursement de sa dette de 60 milliards de dollars ait un impact encore considérable sur l'évolution des actions et des devises au début de la semaine prochaine. Ils s'attendent notamment a ce que les marchés américains, qui sont fermés en raison du week-end prolongé de Thanksgiving,  accusent difficilement le coup.

Les investisseurs se sont massivement repliés depuis deux jours sur le yen, inquiétant encore un peu plus les autorités japonaises. Ainsi, le dollar a connu un plus bas niveau depuis quatorze ans face au yen lors de la séance d'hier, poussant le ministre des Finances japonais, Hirohisa Fujii, a publiquement s'inquiéter de l'appréciation du yen face au dollar, la qualifiant de < mauvaise > pour l'économie nippone. Cette mise en garde des autorités japonaises a ravivé les spéculations autour d'une intervention de la banque centrale japonaise sur le marché monétaire, cette derniere n'étant plus intervenue depuis 2004.

En dépit du regain d'aversion pour le risque sur les marchés, les cambistes se sont peu repliés sur le dollar, toujours pénalisé par l'anticipation de taux relativement bas sur la longue durée aux Etats-Unis. Cette méfiance vis a vis du billet vert a d'ailleurs pris une autre tournure avec l'annonce de la Banque de Russie de son intention de diversifier ses devises, notamment en ayant recours au dollar canadien.

Enfin, une autre mauvaise nouvelle a mis a mal les marchés financiers puisque le Vietnam a annoncé une dévaluation de pres de 5% du dong, la devise nationale. Outre cette mesure, le Vietnam envisage de relever ses taux d'intéret et de demander aux principaux exportateurs de vendre des devises étrangeres a la banque centrale afin d'enrayer la chute du dong. La variation par rapport au dollar du dong devrait passer de 5 a 3% au-dessus et en dessous d'un point défini quotidiennement par la banque centrale. L'évolution du dong contraste depuis plusieurs mois avec l'évolution des principales devises des pays émergents. Ces derniers, a l'instar du Brésil et de Taiwan, ont parfois été obligés d'imposer des restrictions sur les flux de capitaux afin d'enrayer l'appréciation de leur devise.

 

Dubai - une grande pyramide de Ponzi

 

Jeudi dernier, le conglomérat Dubai World, moteur financier de l'émirat de Dubai et sous le contrôle de celui-ci, a demandé un moratoire de six mois pour rembourser ses 59 milliards de dollars de dettes (soit pres de 40 milliards d'euros), dont le plus gros correspond a des emprunts de sa branche immobiliere Nakheel. La dette totale de la cité-Etat avoisine les 80 milliards de dollars (53 milliards d'euros), le tout pour une économie ne dépassant pas les 35 milliards d'USD et qui s'est probablement énormément contractée ces douze derniers mois.

Cela fait déja plusieurs années que Dubai est en fait une grande pyramide de Ponzi, un gigantesque < jeu de l'avion >, a l'image de l'affaire Madoff. Ce petit pays, pratiquement totalement dénué de réserves naturelles, le pétrole ne contribuant que 5% a 6% du PNB, a réussi en moins de 20 ans a créer une énorme bulle immobiliere, peut-etre meme la plus grande jamais créée n'importe ou dans le monde, en utilisant une propagande agressive et sans précédent.

L'annonce de Dubai World, un jour ou les marchés américains étaient fermés, a néanmoins pris les marchés européens et asiatiques par surprise et on a enregistré une forte a la baisse réaction jeudi, avant que la nouvelle soir progressivement digérée et que les marchés européens finissent a la hausse vendredi et que les marchés américains limitent largement les dégâts le meme jour.

En réalité, la seule et unique chose qui est bizarre dans toute l'affaire est la surprise des marchés devant l'annonce de Dubai World. Tous les observateurs de Dubai savent depuis longtemps déja qu'il s'agit d'une bulle. Est-ce quelqu'un croyait sérieusement que la croissance économique du petit émirat, dépassant celle de la Chine, avait quelque chose de logique?

Les détails de la chaîne de Ponzi de Dubai, poussée par la folie des grandeurs du Sheikh local, sont clairs: quelqu'un pense-t-il vraiment qu'il faut une suite d'îles artificielles en forme de palmier, construites a un prix exorbitant? Un hôtel avec 6500 chambres? Un building d'une hauteur de 800 metres? Est-il logique que le centre commercial le plus grand du monde soit a Dubai? Et quid du centre des affaires qui regroupe pas moins de 500 grattes-ciels (!!!)? Et de l'immeuble de 30 étages qui tourne tout doucement et fait un tour sur lui-meme en une semaine? La demande pour le ski est-elle si importante dans un endroit ou regne une température qui peut facilement dépasser les 45  degrés pour qu'on y construise une piste de ski artificielle de la taille d'une petite ville? Est-ce que quelqu'un s'est demandé combien tout cela coutait-il?

Bref, il ne fallait pas etre un génie pour comprendre que le mirage de Dubai pouvait continuer tant que le crédit était facile mais que le jour ou la roue allait tourner, il risquait de s'évanouir dans le désert aussi vite qu'il était venu.

Le marché immobilier local a été poussé a la hausse par une folle spéculation. Il suffisait d'un dépôt de 10% pour acheter un bien immobilier et meme celui-ci était preté par les banques. Dans de nombreux cas, des gens ont acheté sans argent des étages entiers dans des immeubles de luxe, en croyant que les prix de l'immobilier allaient continuer a monter sans fin, ce qui n'est bien entendu jamais le cas.

Un appartement a Dubai est passée en moyenne dix fois dans des mains différentes avant d'etre habitée, pour autant qu'elle l'ait jamais été. Les prix de l'immobilier ont été multipliés par quatre entre 2002 et 2008, dans un environnement de boom sans précédent.

Le probleme est que meme au plus haut de la bulle, environ 25% des bureaux étaient vides, sans parler du marché de l'immobilier résidentiel, ou le taux de vacances était encore plus important.

En fait, déja en février dernier, Dubai était au bord de la faillite et seul un pret de la voisine Abou Dhabi, tres riche en pétrole, lui a permis de rester a flot. Il est a envisager qu'Abou Dhabi continuera a mettre la main au porte-monnaie pour empecher une faillite qui lui serait tres préjudiciable, mais elle mettra sans doute des conditions a son aide qui rameneront Dubai a la raison et freineront ses ambitions dépensieres boulimiques.

Pour les marchés financiers internationaux, au-dela du choc ponctuel et de pertes sommes toutes limitées, certainement en regard de ce dont nous nous sommes habitués depuis l'automne 2008, il ne devrait pas y avoir de conséquences de long terme. Dans cette perspective, il faut en profiter pour racheter les avoirs ayant baissé lors des deux derniers jours et vendre ceux ayant monté, au premier rang desquels l'USD. En revanche, pour les banques du Golfe, on ne peut exclure un choc plus important, bien que le coussin de sécurité pétrolifere empeche a priori le développement d'une large crise systémique.

 


 
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