Les premiers résultats des entreprises cotées en bourse qui furent publiés cette semaine ont redonné confiance aux cambistes. Le géant américain de l'aluminium Alcoa a ouvert le bal avec un profit surprise qui a fait gagné a l'action +0.04 dollar. De tels résultats ont permis de redynamiser le marché des actions en ayant un effet positif sur le cours des principales devises. Les devises liées aux matieres premieres, notamment les dollars des antipodes et le rand sud africain, ont ainsi accumulé au cours de la semaine des gains importants face au billet vert. Plusieurs points positifs sont venus au cours de la semaine renforcer une dynamique de confiance sur les marchés avec notamment l'amélioration des indices PMI dans la zone euro, outre-Manche et outre-Atlantique. Le fait le plus marquant de la semaine fut cependant la décision de la banque de réserve australienne de remonter ses taux de 25 points de base, a 3,25%. Cette décision était largement attendue par les investisseurs du marché des changes et inaugure un mouvement de relevement des taux dans les pays du G20. La banque centrale de Norvege devrait etre la prochaine a relever ses taux. De telles décisions montrent que les dirigeants de la politique monétaire, en Australie mais aussi en Norvege, croient que la crise est derriere nous.
La hausse des taux en Australie a évidemment provoqué une forte appréciation du dollar australien face aux devises a faibles rendements, comme le franc suisse, le dollar américain ou le yen. Ainsi, sur la semaine, la paire AUD/USD a gagné pres de 500 pips. L'euro, apres un phase initiale de repli en début de semaine, a conforté sa position face au dollar jeudi a la suite du discours de Jean Claude Trichet qui a rappelé que le taux directeur de la BCE est a un niveau convenable. Ce discours a fait grimper la paire EUR/USD aux alentours de 1.48 sur le marché des changes. L'hypothese du remplacement dans la fixation des prix du baril de pétrole du dollar par une autre monnaie de référence a également incité les investisseurs a se désister de leurs actifs libéllés en dollar américain. L'or, éventuelle devise de transition, a profité de ce mouvement pour atteindre un plus haut niveau jeudi a plus de 1061 dollars l'once. En dépit des inquiétudes autour du statut du billet vert, le dollar pourrait gagner du terrain lors des prochaines séances a la faveur de l'éventualité d'une hausse des taux de la Fed, éventualité renforcée par les récents propos de Ben Bernanke.
La semaine prochaine devrait etre marquée par la publication de nouveaux résultats trimestriels notamment dans le secteur bancaire avec Morgan Stanley ou Bank of America. Les résultats de ces entreprises seront scrutés de pres par les investisseurs a la recherche d'une confirmation de la tendance a la hausse du marché. Plusieurs indicateurs macroéconomiques figurent aussi a l'agenda : l'indice ZEW ou encore l'indice des prix a la consommation. Enfin, la Banque du Japon devrait annoncer le maintien du statu quo monétaire dans la nuit de mardi a mercredi.
Le dollar australien, du fait de la récente hausse des taux et de sa corrélation au cours des matieres premieres, offre d'importantes opportunités de gains face a des devises a faibles rendements comme le yen ou le franc suisse. Le probable statu quo de la Banque du Japon et les récentes interventions de la banque centrale suisse sur le forex incitent les investisseurs a se porter sur ces monnaies afin de profiter du différentiel de taux entre l'Australie et le Japon ou la Suisse.
Le dollar canadien s'achemine vers la parité
La monnaie unique européenne a franchi le seuil ce matin de 1,49 dollar, se dirigeant fermement vers 1,50 dollar tandis que l'once d'or a battu un nouveau record historique. L'affaiblissement du dollar et les bonnes nouvelles sur le front économique ont accentué le gout pour le risque sur le marché des changes. Certes, l'euro en a largement profité mais, les experts du marché font valoir a juste titre que la monnaie unique avait déja franchi le seuil de 1,49 dollar avant la crise. En fait, les grands gagnants de ce mouvement d'affaiblissement du billet vert sont les dollars des antipodes, en d'autres termes, les dollars canadien, australien et néo-zélandais.
Ainsi, le dollar canadien poursuivait aujourd'hui encore sa progression face au billet vert, se rapprochant dangereusement de la parité. En l'espace de seulement sept mois, le dollar canadien est passé de 76 cents a un peu plus de 97 cents. Cette progression remarquable de la devise canadienne s'explique évidemment, au premier abord, par l'affaiblissement généralisé du billet vert mais aussi par la hausse du cours du pétrole et des matieres premieres et les bonnes perspectives économiques pour le Canada.
Cependant, cette hausse du dollar canadien inquiete fortement les autorités. Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney (en photo), et le Premier ministre, Stephen Harper, sont d'ailleurs récemment monté au créneau pour exprimer leurs inquiétudes. Ce dernier a notamment affirmé solennellement que < le dollar canadien est la responsabilité de la Banque du Canada >. Cependant, les discours ne suffisent plus et la marge de manoeuvre de la banque centrale, en raison du taux d'intéret pratiqué, est plutôt limitée.
Le Canada se prépare donc a voir ses ambitions économiques a la baisse si l'affaiblissement du dollar persiste. Avec un dollar canadien a 93 cents, ce sont pres de deux a trois points de PIB qui pourraient etre perdus l'an prochain.
Intel et JPMorgan Chase fragilisent le dollar
La devise américaine a accentué son recul hier en fin de séance suite aux bons résultats trimestriels publiés par les firmes Intel et JPMorgan Chase. Bien qu'en recul sur un an, le fabricant de microprocesseurs Intel a affiché un résultat meilleur que prévu au troisieme trimestre et s'attend a une croissance de son chiffre d'affaires pour les trois derniers mois de l'année. JPMorgan Chase a également pris de court les analystes avec un bénéfice net multiplié par sept sur un an. Ces bons résultats ont favorisé le climat de confiance a Wall Street, faisant gagner 1,19% au Nasdaq et 1,12% au Dow Jones. Ce dernier est repassé pour la premiere fois cette année au-dessus de 10 000 points.
La bonne performance de Wall Street a évidemment pesé encore un peu plus sur le dollar qui est déja largement fragilisé. Depuis le début de l'année, une corrélation négative existe entre les actions et le dollar. Selon Wells Fargo, la corrélation journaliere entre le dollar et l'indice Standard & Poors 500 est a - 0,93. Parmi les différents secteurs que comprend cet indice, la corrélation la plus forte concerne les hautes technologies et les matieres premieres dont le cours est fortement influencé par le taux de change du dollar.
De maniere générale, les analystes du marché des changes soulignent que le dollar américain est sous évalué, de pres de 12% face au dollar néo-zélandais et de pres de 6% face au dollar australien et au yen. Pour autant, en raison des déficits qui s'accumulent, des discours appelant a une diversification des monnaies de réserve internationales et des faibles taux pratiqués par la Fed, pres de 99% des courtiers interrogés par le Crédit Suisse se positionnent a la baisse sur le dollar. Le sentiment du marché est que la chute du billet vert n'est pas encore terminée et que de nouveaux records de faiblesse devraient etre atteints dans les semaines a venir. L'euro pourrait notamment prochainement franchir le seuil de 1,50 dollar avant d'atteindre 1,55 dollar d'ici a la fin de l'année.
En temps normal, le fait qu'une devise soit massivement survendue et que le sentiment baissier soit exagéré suffit a déclencher un rebond de la devise. Cependant, pour le dollar, ce rebond semble tres hypothetique. En effet, le différentiel de taux qu'il existe entre le billet vert et des devises comme le dollar australien ou la couronne norvégienne, différentiel de taux compris en général entre 2,25 et 2,50%, suffit a assurer au dollar un long cycle baissier. Le seul moyen pour les autorités américaines d'arreter cette dégringolade serait de rendre les opérations de carry trade moins rentables en augmentant le taux de la Réserve Fédérale. Cependant, une telle hausse n'est pas pour le moment dans l'intéret des Etats-Unis.
L'espoir renaît pour la livre sterling
A l'inverse des autres devises du marché des changes qui capitalisent sur la remontée des prix des matieres premieres et l'engouement de Wall Street, la livre sterling affiche des performances tres médiocres face au billet vert et s'enfonce dans les abymes face a la monnaie unique européenne.
En début de semaine, la monnaie britannique avait atteint un plus bas depuis mars face a l'euro, a 1,0625 euro et un plus bas depuis le mois de mai face au dollar, a 1,5708 dollar.
Toutefois, la devise de Sa Majesté a réussi aujourd'hui a reprendre le dessus lors de la séance d'hier, stimulée par les propos de Paul Fisher, membre du Comité de Politique Monétaire de la Banque d'Angleterre. Dans les colonnes du Financial Times, M. Fisher s'est efforcé de rassurer, avec succes, les investisseurs sur la réussite du programme d'assouplissement quantitatif lancé courant mars par la banque centrale. Au mois d'aout dernier, la banque centrale britannique avait décidé, a la surprise générale, d'amplifier ce programme en portant de 150 a 175 milliards de livres sterling le montant de ses rachats d'actifs. Cette décision avait laissé planer le doute sur les marchés surl'efficacité du programme en cours.
Heureusement, les déclarations de M. Fisher ont permis de rassurer les investisseurs puisqu'il a souligné que le programme porte parfaitement ses fruits. Certains analystes n'ont pas tardé alors a comprendre ce message comme la fin prochaine du programme d'assouplissement quantitatif de la Banque d'Angleterre. Le marché a, en tout cas, bien accueilli ses propos qui ont constitué une bouffée d'air frais pour la livre sterling. Cette derniere a ainsi atteint lors de la séance d'hier un plus haut depuis trois semaines face au dollar et un plus haut depuis 10 jours face a la monnaie unique européenne. Pour autant, la situation de l'économie britannique éveille encore de nombreuses inquiétudes et il est probable que le cycle baissier de la monnaie britannique continue jusqu'a la fin de l'année.
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