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De la croissance Intensive à la croissance extensive : les Apories de la crise


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#1 ⇑ Haut ⇑ 06-09-2011 10:03:25

Vincent
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De la croissance Intensive à la croissance extensive : les Apories de la crise

Les analyses faites sur ce blog nous ont conduits à soutenir la thèse que l’économie américaine était une économie nationale rentière. La rente financière nous est apparue étroitement liée au déficit de la balance des paiements qui doit être refinancé sous peine de voir la monnaie américaine s’engager dans une spirale de dévaluations  . Nous avons montré que le refinancement de l’économie entretenait plusieurs phénomènes :

1) Un niveau très élevé de consommation des ménages tirant l’investissement productif et résidentiel.  Nous avons à ce sujet parlé de surcroissance du PIB.

2) Des flux d’épargne nette  (entrée moins sortie de capitaux) permettant une valorisation des actifs américains.
a) Les ménages épargnant de moins en moins, le financement des investissements résidentiels   immobiliers (achat neuf ) a été assuré en dernier ressort par de l’épargne importée..
b) l’épargne importée venant s’ajouter à l’épargne brute nationale entrant dans le système financier, les besoins d’emprunt du marché financier ont été pour partie couverts par de l’épargne étrangère qui a exercé un effet de levier sur la valorisation des actifs financiers.

3) L’épargne importée étant gratuite puisque le solde des revenus des capitaux (Intérêt , profit et dividende) est toujours en faveur des USA, il y a genèse d’un phénomène de sur crédit. Nous définissons le sur crédit ainsi : somme d’emprunts et de prêts du marché financier supérieure à l’épargne totale nationalement disponible, elle-même formée par l’épargne nationale et le solde des flux financier. Cette épargne totale nationalement disponible est égale à l’épargne brute  des ménages et  des entreprises à laquelle s’ajoute le solde des flux financiers circulant entre les USA et le monde.

4) L’épargne importée donne naissance à un banal effet d’endettement extérieur des USA, le pays prospère grâce à un crédit extérieur. Mais cet endettement a pour fondation un échange de non équivalent   : le déficit de la balance des paiements résultant d’une surconsommation de biens matériels, le refinancement du déficit de la balance des paiements par l’épargne importée génère un phénomène de consommation gratuite fondée  sur un échange de non-équivalent matériel et monétaire. La consommation d’épargne étrangère par les USA leur permet de couvrir le financement de leur investissement. En effet, ce service rendu par les capitaux étrangers n’est jamais rétribué, le solde des IPD étant toujours positif.  Cette gratuité de l’épargne importée entraîne une dégénérescence du système de crédit ou la formation d’un sur crédit. Un endettement externe gratuit finit en effet par corrompre le fonctionnement du crédit. Le système financier se met à faire commerce d’un argent qui n’existe pas, des valeurs sans contrepartie d’épargne nationalement disponible se mettent à circuler. Elles ont pour contrepartie une formation de dette excédant les capacités de financement du système financier. Aussi le sur crédit donne naissance à un surendettement des agents économiques.   Au final, le surendettement entraîne une crise dès l’instant qu’une fraction des agents économiques ne peut pas rembourser ses crédits.

5) La crise est une inversion des phénomènes qui ont tiré la croissance vers le haut.  La longue crise d’une économie rentière commence avec toute une série de décrochages tenant à la nature d’une sur croissance  ayant procédé au travers de toute une série de déséquilibres. L’économie entre en récession dès l’instant où la dynamique des déséquilibres se retourne contre la croissance. Dans de telles conditions, la récession est l’antichambre de la dépression.

6) Nous avons soutenu que les décrochages successifs d’une économie de sur croissance et de sur crédit conduisaient à un alignement sur les capacités productives des USA et que la dépense publique ne pouvait que différer cet alignement général. D’où une crise pouvant prendre dans les mois ou les années qui viennent la forme d’une longue stagnation– tant que l’Etat fédéral et le trésor refinanceront l’économie - ou d’une récession si les concours de la FED et du Trésor venaient à manquer. Nous n’avons pas écarté un risque de dépression, la croissance de la dette fédérale pouvant conduire à une crise aiguë de la dette souveraine des USA.

Nous avons proposé de faire remonter ce processus de sur croissance au milieu des années 90. L’accélération des déséquilibres des comptes extérieurs a fait apparaître le sur crédit et le surendettement de la société américaine au tournant des années 2000. La crise est survenue au terme d’une courte période de croissance folle couvrant la période 1998-2007. Cette croissance déréglée a donné lieu à une évaluation croissante de la valeur des patrimoines immobiliers et financiers entraînant à leur tour une véritable dégradation des comptes extérieurs des USA sous l’action de la surconsommation de produits étrangers. Les mécanismes de la croissance dans les déséquilibres ont donc fini par exploser au visage des Américains sous la forme d’une crise du crédit inévitable, l’économie américaine devenant de plus en plus une économie rentière ou centrée sur la rente.

On doit donc s’interroger sur cet alignement sur les capacités productives du pays qui serait au cœur de la crise présente et sur l’échec des dépenses publiques à relancer la machine économique. Or pour répondre à cette question question difficile, il est indispensable de traiter des investissements productifs en économie de rente. Ce sont eux qui définissent en effet le niveau supposé de production de richesse sur lequel la croissance devrait se régler ou s’aligner.

A - L’investissement productif aux USA : Croissance semi-intensive et croissance extensive.

Il faut distinguer deux types d’investissements productifs : l’investissement productif national brut et l’investissement productif national net. Pour faire court, nous parlerons d’investissement productif sans utiliser le mot « national ». L’investissement productif net fait la différence entre les investissements bruts annuels et  l’usure générale des moyens de production, l’investissement net mesure l’effort d’investissement additionnel réalisé par un pays. L’investissement additionnel mesure d’une part la mise à l’échelle de l’appareil de production afin d’assurer la production d’un volume croissant de biens ; d’autre part, il est aussi l’indice des efforts réalisés par les entreprises pour augmenter l’efficacité de l’usage des moyens de production. C’est ce que l’on appelle communément la recherche de la productivité.  L’investissement brut ne fait qu’exprimer la part du PIB dévolu à l’investissement productif, il est indispensable de le relier à l’investissement net et à la consommation de capital fixe afin d’éclairer sa signification.

1° Constats.





http://www.tribuforex.fr/img_vrac_4/Graphique-1.jpg
(Cette image a été redimensionnée. cliquez ICI pour visualiser l'image en taille réelle.)


L’examen du graphique montre que :

1° Les années Reagan-Bush Sr ont été marquées par des consommations de capital fixe marchant grossièrement en parallèle avec les investissements bruts, la formation de capital net s’est donc avérée relativement faible. L’effort d’investissement additionnel aux USA paraît insuffisant.

2° Les années Clinton sont des années de rattrapage où les investissements bruts décrochent vers le haut. Les investissements nets deviennent de facto plus importants.

3° Les années Bush se distinguent par une brusque montée des consommations de capital fixe qui ne sont plus compensées par des investissements bruts suffisants, la chute des investissements nets est particulièrement sensible.

Chacune de ces phases de l’investissement productif peut être définie ainsi. (:)

1° Les années Reagan-Bush Sr sont marquées par un mode semi-intensif de croissance, les investissements nets stagnent, l’économie américaine est inévitablement en perte de rendement productif et de compétitivité.
2° Les années Clinton se distinguent par une croissance plus intensive puisque les investissements nets remontent. Il y a un effort de rattrapage permettant de muscler l’appareil productif et à l’économie américaine et de soutenir son rang dans la compétition mondiale.
3° Les années  Bush se distinguent par une tendance à la stagnation de l’investissement net, après avoir chuté sous l’action de la crise du début du millénaire, les investissements nets ne retrouvent pas leur niveau de la fin des années Clinton en dépit d’un redressement entre 2004 et 2005. Les années Bush se caractérisent  par une croissance que l’on pourrait caractériser de semi-intensive, semi-intensivité déjà présente sous les administrations Reagan et Bush Sr. La consommation de capital fixe reste soutenue et les investissements hésitants.

La période 1980-2010 est marquée par une insuffisance de l’effort productif des USA dont la croissance reste dominée par un investissement mou. La faiblesse des investissements nets trahit un effort inconstant et trop insuffisant de recherche d’efficacité productive.  Nous y voyons une des causes essentielle  de la dégradation des comptes extérieurs des USA, avec son long cortège d’effets pernicieux.

2° Croissance intensive ou extensive.

Nous définirons les années 1980-2010 comme étant une période de croissance semi-intensive. Ce n’est pas une croissance intensive car les investissements nets n’indiquent à aucun moment que le capitalisme américain ait été animé par une volonté constante de recherche d’efficacité productive et de compétitivité maximale. Pour autant, les investissements nationaux bruts restent importants, il y a bien persistance d’un effort d’investissement.

La notion de croissance semi-intensive ne va donc pas sans poser de problème. Pour qu’une croissance soit en partie une chose, il faut qu’elle soit en partie une autre chose. Or une croissance qui n’est qu’en partie intensive doit être aussi en partie extensive. Il faut donc se poser une question élémentaire. En quoi la croissance américaine peut-elle être extensive, c’est-à-dire tirée par des phénomènes plus quantitatifs que qualitatifs ?

Nous considérons que la réponse est apportée par la formation d’une économie de sur croissance. La sur croissance est en effet un processus d’expansion de l’économie très largement dominée par des facteurs extérieurs et intérieurs artificiels. Dans une économie de sur croissance, la dynamique de la demande est forte car les ménages consomment beaucoup et forment peu d’épargne, l’investissement tire partie de cette demande de biens de consommation sans pour autant y adhérer pleinement puisque les déficits extérieurs permettent d’importer une épargne qui couvre les investissements et permet une surconsommation. Pourquoi alors faire un effort d’investissement productif fortement intensif ?  Les déséquilibres créent une dynamique de la consommation qui génère des débouchés réguliers  pour les industries de biens de consommation et de biens d’investissement. Et de ce fait la croissance devient lentement extensive. Cette « extensivité » se traduit par l’utilisation régulièrement croissante de capital fixe ou si l’on préfère par une consommation de capital fixe croissante.

C’est un paradoxe mais dans le modèle américain de croissance dans les déséquilibres, les faiblesses de l’économie américaine tournent à son avantage. La valorisation des actifs financiers et immobiliers crée une euphorie consumériste qui joue le rôle d’un stimulant de la consommation tirant vers le haut l’investissement. La faible extraversion de l’économie américaine fait le reste, les entreprises américaines - ou étrangères présentes sur le territoire américain - doivent maintenir un niveau de compétitivité suffisant, mais elles n’ont pas à faire des efforts de compétitivité exceptionnels. Elles glissent donc lentement vers une forme de croissance semi-extensive qui entraîne un affaiblissement général de la compétitivité du pays. Au mieux voit-on la formation de capital productif net connaître des oscillations au gré des crises et des nécessaires corrections du cycle national d’investissement : dans la durée des investissements nets accrus compensent des investissements nets trop faibles.

Il faut 30 ans pour que la crise siffle la fin de partie.

Si notre thèse est juste, l’extensivité devrait lentement dominer l’intensivité du capital productif puisque les déséquilibres de la croissance n’ont cessé de se renforcer depuis les années 80. On peut ainsi présenter des relations entre intensité et extensivité de l’investissement et de la croissance une conception plus claire.

B - La loi des débouchés en économie rentière - la croissance régulière de la consommation de capital fixe tendant au désinvestissement national.

Dans une économie de sur croissance, les ménages consomment toujours plus de biens et de services puisque l’économie nationale est refinancée par le solde des flux financiers. Il est donc parfaitement logique que la demande se dissocie et s’autonomise de l’Etat réel de l’économie. Il y a donc une croissance continue de la consommation de capital fixe. Une économie rentière possède une capacité étonnante : plus elle fait de déficit extérieur, plus sa demande est forte.

Il faut donc s’interroger sur les relations entre investissements bruts et investissements nets. Les investissements nets ne suivent plus pour une simple raison. Le niveau de la demande ne dépend plus de la production nationale de richesse. Qui plus est, moins il y a d’investissement, plus il y a de déficits commerciaux, plus il y a de demande détachée de l’investissement.

Un capitalisme national rentier tend donc au désinvestissement. Non seulement la croissance est de moins en moins intensive, mais plus l’investissement est faible, plus le niveau de la demande est forte.

Les mécanismes de la demande sont en effet détachés de la production de valeur nationale sous l’action  de processus pernicieux : importation d’épargne, endettement gratuit vis-à-vis de l’étranger, sur crédit, gonflement artificiel de la valeur des patrimoines...

Sur des bases artificielles et fragiles, les entreprises américaines peuvent même afficher des performances économiques fort honorables et les indices boursiers – dopés par l’épargne importée – caracoler. Les performances effectives des entreprises et la valorisation des actifs – notamment les performances boursières -  sont exagérées.

Le graphique que nous avons utilisé a le défaut de ne pas permettre de soutenir l’idée que plus les déficits extérieurs augmentent, plus la croissance tend à perdre en intensité. Il ne permet pas de corréler la sur croissance de l’économie et l’insuffisance de l’investissement sur longue période qui marche à rebours l’une de l’autre.

C -  Investissement brut, investissement net, PIB et manifestation des phénomènes de sur croissance dans les déséquilibres des comptes extérieurs.

Afin de montrer qu’il existe une corrélation entre la sur croissance de l’économie  et la formation d’une croissance semi-intensive pour l’investissement et extensive pour la consommation de capital fixe, nous avons corrélé l’investissement brut, l’investissement net la consommation de capital fixe et le PIB. Nous avons exprimé chacun d’entre eux en% du PIB.





http://www.tribuforex.fr/img_vrac_4/Graphique-2.jpg
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Sur longue période, il est très clair que la tendance de l’investissement aux USA est paradoxale. Les investissements bruts et les investissements nets ne cessent de perdre en importance dans le PIB. Les USA passent donc d’une croissance encore intensive au début des années 80 à une croissance toujours moins intensive avec le temps.  Le signe que la croissance devient extensive est manifesté par une  consommation de capital fixe constante et par le recul de la part des investissements bruts et nets dans le PIB.

Avec une décroissance de l’investissement, il faudrait qu’il y ait un ralentissement de la croissance du PIB. Ce n’est pas ce qui se produit depuis les années 80. De fait, les phénomènes de sur croissance accompagnés des déficits extérieurs tendent à stimuler la consommation et à tirer l’investissement. Plus les comptes extérieurs se dégradent, plus la croissance américaine semble forte.

Les bilans des entreprises restent bons, le gonflement des patrimoines immobiliers et financiers stimulent la consommation, les investissements suivent médiocrement puisqu’il(s) diminuent en proportion de la croissance du PIB, mais les illusions demeurent bienfaisantes : l’épargne importée et la baisse des taux d’intérêt stimulent la bourse, crédit et sur crédit se développent…

La croissance américaine apparaît à ce titre tendre nécessairement vers un mode de production de moins en moins intensif et de plus en plus extensif. Nous retrouvons à nouveau, l’usure continue et croissante des moyens de production et la tendance à la chute des investissements bruts et nets. Il faut réfléchir à cette double chute pour mieux appréhender le problème que pose la crise actuelle.

D – Le capitalisme américain sans capital productif.

La croissance américaine est pour le moins paradoxale. Tendanciellement (,) la croissance économique et le revenu devraient être assurés par toujours moins de moyens de production. C’est évidemment un effet pervers des déséquilibres extérieurs sur la croissance du PIB des USA. Plus ces déséquilibres se creusent, plus les USA consomment nationalement d’épargne de l’épargne et des marchandises étrangères et plus leur croissance est forte. Le phénomène n’a rien d’étonnant : puisque les déficits commerciaux sont refinancés par les flux d’épargne étrangère croissante, pourquoi se donner la peine d’investir dans le système productif ou de continuer a avoir une forte épargne nationale. Dans une économie financiarisée, globalisée et déséquilibrée, l’économie politique se retrouve cul par dessus tête. Les tendances à l’œuvre inventent un capitalisme asymptotique  qui devrait exister sans capital productif. En attendant, mieux vaut réduire au maximum l’investissement puisque la croissance ne lui est plus intimement liée :  elle est une sur croissance.

Sur longue période, la tendance à la chute des investissements bruts et des investissements nets en pourcentage du PIB n’a rien d’accidentel. La consommation régulière de capital fixe ne fait que traduire le mouvement intime d’un système économique aberrant : détruire tout le capital fixe, consommer uniquement des marchandises produites ailleurs et au final se débarrasser du souci d’épargne et d’investissement national. Ce capitalisme de cocagne réalise en quelque sorte l’utopie sous-jacente à une économie américaine qui tend vers le désinvestissement national en se berçant des illusions patrimoniales et financières que ce désinvestissement entretient.   La crise met un terme à cette méchante utopie qui est encore aujourd’hui la face la plus extraordinaire du rêve américain.

E – Le capitalisme et les miracles de la productivité aux USA.

Un esprit critique m’objectera que l’investissement chute en % du PIB des USA parce que la productivité ne cesse de monter. L’argument n’est pas faux. Mais il ne réussit pas à nous convaincre.

Il nous paraît en effet douteux qu’une baisse de la part des investissements bruts et des investissements nets dans le PIB puisse aboutir à une hausse proportionnelle des productivités . La productivité viendrait miraculeusement combler les insuffisances de l’investissement.

Il nous semble au contraire que la hausse de la productivité aux USA est le résultat de débouchés garantis par le niveau de la surcroissance du PIB ; d’où une utilisation maximale des moyens de production existants – et leur usure croissante –, d’où encore l’insuffisance des investissements nets.

A ce titre, la croissance est de moins en moins intensive parce que le modèle de croissance dans les déséquilibres décourage les efforts de compétitivité nationale qui ne servent pas un enrichissement collectif et une croissance illusoire. Elle devient donc de plus en plus extensive.

La baisse régulière du rapport investissement net / PIB est la traduction de ce fait. Une économie productive devrait enregistrer un maintien ou une croissance des rapports investissements bruts / PIB et investissements net /PIB. C’est la condition du maintien d’un haut niveau de productivité, de la couverture des échanges extérieurs par la production nationale. L’économie américaine marche complètement à rebours de ce modèle.

Il y a donc bien eu croissance des différentes formes de productivité aux USA, mais cette croissance est pour partie le résultat d’une exploitation maximale des moyens de production sous l’action de la sur croissance du PIB et pour partie le résultat d’investissements additionnels insuffisants en volume et en part du PIB. La constance du rapport consommation de capital fixe / PIB en comparaison de la variation à la baisse des rapports investissements net / PIB, investissements bruts / PIB illustre parfaitement notre propos.

La croissance de la productivité calculée par le Bureau of Labor statistics nous paraît au final très largement excéder les efforts réels d’investissements des USA.   La perte de compétitivité des USA sur le marché mondial n’est pas compatible avec les gains de productivité affichés. Ces gains ne sont pas le reflet fidèle des efforts d’investissements du pays. Nous doutons donc très fortement de la validité des chiffres du BLS. Nous nous efforcerons dans les mois qui viennent de les vérifier par des biais statistiques originaux.

Conclusions : les apories de la crise

1° L’alignement des USA sur les capacités productives du pays.

La crise devrait être l’occasion pour les USA d’aligner leur création de richesse sur le niveau de leur appareil productif. C’est bien évidemment impossible. Aligner le niveau de création de richesse sur les capacités de production nationale supposerait de tirer le PIB par le bas pour le remettre au niveau d’un investissement insuffisant. Il faudrait en effet rabattre une économie de sur croissance sur les capacités productives du pays  A court terme, ce serait provoquer une récession exemplaire, voire une dépression de taille mondiale. C’est tout le modèle de croissance qui devrait s’affaisser sur lui-même. Il s’ensuivrait un effondrement du PIB, une montée du chômage, une baisse de la valeur des actifs immobiliers et mobiliers, une dévalorisation de tous les patrimoines, un effondrement du système financier…

On peut d’ailleurs s’interroger sur cet alignement de l’économie sur les capacités productives réelles du pays. La capacité productive des USA est impossible à trouver, distinguer la croissance réelle et de la croissance artificielle relève du jeu de l’esprit. Séparer la partie extensive et intensive de la croissance ou la croissance et la surcroissance n’est pas plus simple. L’alignement de la croissance sur la capacité de production du pays est bien l’enjeu de la crise, mais le point d’équilibre est introuvable. Qu’en est-il alors de son lieu ?

Dans une croissance déséquilibrée(,) le point d’équilibre ne peut être trouvé qu’au terme d’un effondrement global entraînant un changement général des règles du jeu économique. Nous retrouvons l’effondrement inévitable d’un système économique mal construit et vermoulu par ses excès. La solution de la crise ne se trouve pas dans les vieilles recettes.

2° L’hypothèse de la stagnation et ses raisons.

Il existe une autre solution qui consiste à faire entrer le pays en stagnation durable pour résorber les déséquilibres les plus marquants mais cela peut durer très longtemps comme l’indique le cas du Japon. Et il n’est pas sur que la période de stagnation s’ouvre sur une sortie de crise.

Le choix qui a été fait par l’administration Obama est de relancer un modèle de croissance complètement à bout de souffle.

Le pari d’une relance de la croissance dans les déséquilibres a été tenté via la médiation du crédit public. L’échec est patent car il n’est pas possible à l’Etat de se métamorphoser en dépensier prodigue et efficace. La dépense publique à crédit utilise d’autres voies et d’autres moyens que la dépense privée à laquelle elle ne peut se substituer à court terme. La croissance du PIB est artificielle et  la relance dure ce que dure l’accroissement de la dette souveraine.

La FED ne fait guère mieux, les QE1 et QE 2 inondent le marché de liquidité(s) bon marché. Elle permet de redresser les valeurs financières en se substituant à l’épargne importée, mais elle ne produit cet effet que de manière ponctuelle et parfaitement factice. L’effet sur le crédit à l’économie est proche de zéro en raison d’actifs bancaires douteux, des risques du crédit et d’une moindre appétence des emprunteurs avant tout soucieux de se désendetter.

La stagnation est inévitable parce que le modèle de la croissance à dominante extensive est mort. Les déficits extérieurs baissent, les flux nets de capitaux sont moins abondants, les ménages fond de l’épargne, le chômage pénalise la croissance. Le modèle de la croissance dans les déséquilibres est en pleine turbulence. La dépense publique et les actions de la FED ne peuvent rien contre cela. La valeur des actifs immobiliers et mobiliers américains doit baisser car leur surévaluation est patente. La croissance doit ralentir car les facteurs de sa dynamique se dissocient. Elle doit redevenir croissance mais son point  d’équilibre est problématique. Le fiasco n’est pas loin.

La dépense publique et la FED ont pratiqué une politique consistant à différer les effets de la crise d’un modèle de croissance. La stagnation qui montre son nez dénonce l’inanité de cette politique en n’étant qu’une promesse de stagnation.

3° Impossibilité d’une vraie relance.

La seule solution serait de relancer durablement l’investissement sur des bases plus solides afin de rétablir les équilibres extérieurs. C’est exclu du champ des possibles aux USA : il faudrait reconstruire l’industrie derrière des murailles douanières.   Les investissements productifs ne sont pas la priorité car les élites dirigeantes des Etats-Unis  ne veulent pas d’une autre croissance.

Une telle relance supposerait en effet une baisse de la valeur de l’ensemble des patrimoines, la fin d’une croissance financiarisée, une répartition du revenu plus favorable aux salaires, une réduction des déficits extérieurs, une reformation d’épargne nationale substantielle, une autre fiscalité. Ce n’est pas pour l’instant envisageable faute d’un consensus politique et social.

Il semble que le retour au statu quo ante soit donc le souhait d’ une administration Obama sans imagination ni volonté précise.

Comment ne pas voir que l’état de faiblesse de la base  productive du pays rend ce retour en arrière totalement impossible. On ne peut sortir d’une crise d’accumulation insuffisante du capital en se proposant de revenir à un modèle de croissance déséquilibrée présupposant  cette insuffisance. D’ailleurs tous les mécanismes ayant rendu ce modèle opérationnel sont en crise.

4° Les pièges d’une croissance extensive en période de crise.

L’appareil productif pose en lui-même un problème : il tend à s’affranchir de toute logique d’ensemble en restant obstinément extensif.  Exploiter au maximum les capacités de production existantes et faire des investissements bruts et nets insuffisants tend à faire jouer la recherche de gains de productivité contre le niveau de l’emploi. Nous soupçonnons fort que l’usure persistante des moyens de production et le redressement modeste des investissements bruts et nets des entreprises  en 2010 ne soient que deux moyens d’exploiter au mieux les salariés américains en réduisant leur nombre et/ou en augmentant leur rendement.

Le résultat est une faiblesse de la demande des biens de consommation qui pèsera à son tour sur l’investissement. L’appareil productif américain paraît donc reproduire  les modalités de fonctionnement d’une croissance extensive sans les débouchés garantis que lui fournissait une croissance déséquilibrée. La consommation est à la ramasse, les ménages font de l’épargne, les déficits extérieurs ne génèrent plus assez d’épargne importée et le chômage monte.

L’administration Obama dissimule ce manque par les transferts sociaux et des soutiens divers au secteur productif. C’est sans fin…tant que la dette souveraine ne fait pas problème.

5° Les apories de la crise : Croissance de la dette souveraine et dégradation du Bilan de la FED  en régime de croissance extensive.

L’administration Obama se trouve donc en face d’une situation très difficile. Il faudrait changer le mode d’accumulation du capital aux USA et revenir à une vraie croissance intensive. C’est aller contre le modèle de croissance que l’administration Obama veut faire perdurer contre toute logique économique.

L’économie américaine rentière condamne donc l’économie des USA à  demeurer extensive alors que toutes les conditions d’une telle croissance sont très mal en point.  La sortie de crise devient de ce fait impossible, l’immobilisme enfonce les USA dans une stagnation durable et sans issue. Pour revenir à une vraie économie productive, il faudrait sortir du modèle d’économie financiarisée mis en place voilà une trentaine d’années au prix d’une contraction de la base productive du pays. Ce n’est pas souhaité par les élites économiques et politiques.

Les  réponses apportées à la crise ont la particularité d’être décalées et de procéder de manière quantitative. Ce n’est pas très étonnant. L’administration Obama ne fait qu’apporter des réponses quantitatives à une crise d’un modèle de croissance à dominante extensive.
La croissance de la dette publique est la traduction d’un manque de  débouchés dont nous avons montré comment les déséquilibres en assuraient la régularité en modifiant la logique d’accumulation du capital. Soutenir la demande solvable et l’investissement par des augmentations de dépenses, des aides et des remises fiscales, c’est faire de la croissance extensive avec le crédit public, c’est se placer dans le droit fil du caractère extensif de la croissance sans relancer la machine réellement.

Il ne faut donc pas être surpris si la dette publique s’accroît sans fin. Il ne faut pas plus s’étonner que les entreprises fassent une croissance tirant partie d’une diminution du nombre d’américains au travail, de l’utilisation maximale des moyens de production et accessoirement de l’effet des investissements nouveaux sur la productivité du travail, c’est leur logique habituelle.

Le résultat final d’une telle politique peut être aisément  anticipé : la dette souveraine gonfle démesurément, les QE de la FED se succèdent. Et la croissance effective recule dès que la dépense publique et les effets – modestes - des opérations de QE cessent. C’est ce qui s’est passé au premier semestre 2011 avec les effets que l’on sait sur la croissance.

6° Le risque sur la dette souveraine : brève reformulation.

Il ne faudrait pas sous-estimer le risque que comporte la dépense publique. Le modèle de croissance et d’accumulation du capital doit impérativement changer. La dette publique ne va pas sortir les USA de la crise, elle se met en travers des transformations économiques nécessaires. Ce faisant, elle s’expose à être l’objet d’une crise majeure au-delà de laquelle les USA pourraient enfin faire des choix véritables. Un blocage persistant de l’accumulation du capital et de la croissance dans un pays qui compte 300 Millions d’habitants et fait encore un quart du PIB mondial ne peut qu’avoir des effets explosifs.

La dette souveraine n’est donc pas seulement une question de confiance des investisseurs, elle est devenu un moyen de ne pas sortir de la crise. La stagnation - ou le non-choix - inclut donc un risque majeur pour la dette américaine qui est devenue le problème des USA. La dette souveraine récapitule toutes les contradictions irrésolues des Etats-Unis.

Il faudrait que cette dette souveraine s’effondre pour que les Américains puissent enfin faire face à la situation réelle de leur pays. N’est-ce pas ce vers quoi l’Amérique se dirige ?  Dans une société bloquée, la formation de la dette souveraine apparaît comme une ruse de l’économie permettant à cette dernière de se transformer au prix de grandes souffrances collectives. Et comme on ne remplace que ce que l’on détruit, une transformation de l’économie  des USA peut faire de la faillite de l’Etat fédéral le moyen privilégie de cette transformation radicale.

Source : http://criseusa.blog.lemonde.fr




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