C’est une évidence : la crise a frappé plus durement les ménages déjà fragiles. Le chômage a augmenté, tandis que les salaires ont stagné. Ceux qui se maintenaient difficilement la tête hors de l’eau ont souvent fini par couler. Le nombre de cas de surendettement constatés a grimpé de 18% en 2009.
Un chiffre qui a éveillé la curiosité de la Cour des comptes. L’institution a ainsi critiqué les mesures mises en place par le gouvernement : “La politique de lutte contre le surendettement est déséquilibrée, le dispositif légal visant davantage à traiter la situation individuelle des surendettés qu’à prévenir le surendettement.”
Principal cause montrée du doigt : le crédit à la consommation, en particulier le crédit revolving (ou renouvelable). Sur les 180 000 Français surendettés, près de 90% ont contracté un crédit renouvelable. Ils ne sont pourtant pas forcément la cause principale de ces cas de surendettement. Mais le système n’aide pas les ménages à s’en sortir. Bien au contraire. Le principe est particulièrement vicieux.
Des taux qui peuvent atteindre 20%
Si vous empruntez 1 000 euros en crédit revolving, parfois surnommé crédit permanent, vous disposez d’une réserve de crédit de 1 000 euros. Vous les dépensez et devez ensuite rembourser. Au fur et à mesure que vous vous acquittez de votre dette, la réserve de crédit se reconstitue à nouveau et vous pourrez piocher dedans si le besoin s’en fait sentir.
Ce système simplifie tellement l’endettement qu’il devient très dur de s’en sortir. Surtout que les taux d’intérêt de ces crédits, exorbitants, peuvent atteindre 20%. Il favorise l’emprunt de petits montants, qui, finalement, coûte très cher. Un véritable engrenage dans lequel on sombre sans s’en rendre réellement compte.
Une législation trop bienveillante
Cela fait bientôt un an que le gouvernement cherche à intervenir sur ce thème. Christine Lagarde avait, avant toute chose, tenu à préciser qu’il était hors de question d’interdire ce type de crédit. Son idée : le crédit revolving facilite la croissance et serait donc indispensable.
En effet, il favorise la consommation. Mais il s’agit en fait d’une vision à court terme. Les intérêts d’emprunt sont si importants qu’ils empêcheront, plus tard, ces ménages de consommer normalement, car le budget passera tout entier dans la serpillère qui épongera les dettes.
Il fallait donc mettre fin aux abus et limiter la casse, sans toutefois mettre fin à l’effet créateur de richesse de ces crédits. On estime ainsi qu’un tiers des ménages français ont contracté un crédit à la consommation, dont 20% de crédit revolving. La loi qui devrait voir le jour risque simplement de forcer les organismes de crédit à mieux informer leurs clients des risques. Une simple mention du fait que le crédit devra un jour être remboursé pourrait suffire. C’est trop peu selon les associations de consommateurs, notamment L’UFC – Que choisir.
Pourtant, les organismes de crédit estiment que c’est déjà trop. L’année 2009 a été particulièrement mauvaise pour ces groupes. En un an, le nombre de crédits à la consommation souscrits a diminué de 13,3%, du jamais vu depuis 1945. En cette période de crise, les Français ont favorisé l’épargne plutôt que le crédit et la consommation. Les plus optimistes peuvent donc espérer que le problème se résoudra de lui-même.
Mais la vraie crainte, c’est que, une fois les beaux jours revenus et la confiance retrouvée, les ménages français se remettent à emprunter. La réflexion sur le crédit revolving n’est pas simple. D’un côté, il faut favoriser l’accès au crédit, outil indispensable à la création et à l’investissement ; de l’autre, laisser se développer des systèmes de crédit à gros risques dont l’engrenage peut être fatal, sans aucun garde-fou, serait irresponsable.
Il faudrait tirer les leçons de l’exemple des grandes banques et de leur jeu sur la dette, qui a poussé le monde dans la crise.
Première parution le 25 février dans le numéro 071 de MoneyWeek
Par Pierre Tenaud
